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Sans eau, l'alpage dépérit

L’alpage de Dorbon, dans le Bas-Valais, a eu un passé très mouvementé, mais grâce à l’Aide Suisse aux Montagnards, son avenir est désormais plus serein.

Juin 2016 / 

«Cette souche-là est sur le chemin depuis belle lurette», dit Dionys Fumeaux. «Et là-bas, sous ce grand rocher, nous avons, mon frère et moi, veillé par une nuit de neige, afin d’empêcher le troupeau de quitter l’abri que lui offraient les mélèzes. C’était fin août, mais comme la neige s’était mise à tomber, nous devions amener les vaches sur les pâturages situés au pied de la montagne pour les protéger.» Cet instituteur à la retraite connaît bien chaque coin de terre sur l’alpage de Dorbon, de même que les sentiers. Dans son enfance, il a passé tous ses étés dans cet environnement. Et c’est au Cirque de Derborence qu’il a complété sa formation primaire. Depuis les années 80, il s’engage dans le consortage propriétaire de l’alpage. Et comme il apprécie cet endroit idyllique, il effectue souvent à pied la montée de deux heures depuis le lac de Derborence. Dionys sait exactement où poussent les herbes aromatiques, les endroits qu’il faut éviter par temps d’orage, dans quels couloirs il y a un risque d’avalanches en hiver, et où se trouvent les sources qui assurent la vie des montagnards et du bétail. Il a vécu de près le passé mouvementé des propriétaires successifs de l’alpage. Autrefois, on fabriquait encore le fromage dans cinq chalets. Plus d’une douzaine d’employés passaient l’été à l’alpage et la montée prenait trois fois plus de temps, car la route menant au lac de Derborence n’existait pas encore. Puis, tout tomba lentement en décrépitude. Le nombre de vaches estivantes diminua, il n’y avait plus que des vaches portantes et des génisses à Dorbon, donc plus de traite. La fabrication du fromage s’arrêta.

Dans les années nonante, un entrepreneur excentrique et aisé de la région découvrit l’alpage. Il avait mille idées pour améliorer l’infrastructure: rénovation des chalets, installations sanitaires, cuisines avec installations à gaz (pour l’éclairage, les cuisinières et les frigos), élargissement et correction du chemin, ponts, etc. Cependant, l’homme était plus fort pour échafauder des projets que pour les réaliser. C'est ainsi que presque aucun projet n'a abouti. Quelques années plus tard, l’homme fut confronté à des problèmes de santé. Et comme aucun de ses enfants ne par­tageait son enthousiasme pour l’alpage, la source financière se tarit. Les ponts ne survécurent pas à l’hiver. Les salles d’eau étaient inutilisables et dans certains locaux, les déjections des souris et la poussière s’accumulaient.

Des bénévoles assurent la survie

Le comité du consortage ne baissa ce­pendant pas les bras. À l’instar de Dyonis, des bénévoles s’efforcèrent de maintenir les infrastructures en bon état afin que l’alpage ainsi que le gîte avec son restaurant modeste, très appréciés des randonneurs et des alpinistes, puissent continuer à être exploités. Des tentatives de faire paître des moutons sur les pâturages à plus de 2000 m d’altitude furent menées, mais à deux reprises au moins, un loup
ne se fit pas prier pour tordre le cou à ce projet.

Depuis quelques années, l’alpage est à nouveau exploité, bien que dans une plus modeste mesure que du temps du bienfaiteur, mais le consortage n’enregistre plus de pertes. Un paysan de la région loue l’alpage pour une centaine de vaches d’Hérens ainsi que des génisses et des veaux. Le gîte est quant à lui géré sépa­rément, mais là aussi grâce à des gérants efficaces.

Pas de sources à proximité

Au cours de l’hiver 2013, nouveau coup dur: une avalanche détériora le réservoir d’eau de pluie qui avait été construit dans le dévaloir au-dessus du chalet le plus haut. Or, sans citerne et sans sources dans les environs, il n’y avait plus d’eau pour le bétail sur ces prairies. L’avenir de l’alpage était donc menacé car l’argent pour la remise en état faisait défaut. L’Aide Suisse aux Montagnards intervint et, avec son soutien et beaucoup d’en­gagement de la part des coopérateurs et en particulier du président, le réservoir a pu être remis en état. Il est même mieux qu’avant: un captage ne nécessitant que peu d’entretien permet d’éviter que les éboulis et les cailloux doivent être extraits chaque saison à la pelle moyennant de grands efforts. Une tâche pénible qui fait, elle aussi, partie des souvenirs de Dionys, mais dont on se passe volontiers.
 

 

Commentaires

Donys | 24. Juin 2016 - 19:24
Bel article reflétant la réalité, sauf que je n'ai connu la valeur des plantes que grâce aux membres du nouveau comité du consortage. Dans mon jeune âge, peu de spécialiste connaissant vraiment les plantes; pour moi seule la survie comptait.
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«Cette souche-là est sur le chemin depuis belle lurette», dit Dionys Fumeaux.
«Et sous ce grand rocher, nous avons, mon frère et moi, veillé une nuit d’un mois d’août où il s’était mis à neiger.»
Cet instituteur à la retraite connaît chaque coin de terre sur l’alpage de Dorbon ainsi que les chemins qui y mènent.
L’alpage de Dorbon a un passé mouvementé. Aujourd’hui, il accueille des vaches de la race d’Hérens.
L’approvisionnement en eau pour abreuver les vaches pose problème. A proximité des chalets les plus hauts, il n’y a ni eau de source, ni ruisseau.
Mais, comme il pleut souvent sur l’alpage, des ruisselets se forment sur les rochers plats.
Il faut alors capter l’eau…
… et l’acheminer vers un réservoir.
Le réservoir en amont de l’alpage de Dorbon se remplit régulièrement de gravats. Dyonis se rappelle parfaitement les heures pénibles passées à peller pour nettoyer le bassin.
La plus haute des trois cabanes. La construction de la salle de bain en annexe n’a jamais été terminée, le riche sponsor de l’alpage n’étant plus vraiment intéressé. Une bonne partie des installations sur l’alpage furent laissées à l’abandon. Les membres du consortage ne baissèrent cependant pas les bras et firent en sorte que l’alpage puisse continuer à être exploité.
Cette bâtisse est la seule qui est encore un bon état. Elle abrite un gîte très apprécié des randonneurs.
On peut y dormir dans un dortoir…
… ou y obtenir des repas simples.
C’est là, au bord du lac de Derborence, que commence la montée de deux heures qui mène à l’alpage.

Galerie de photos: Alpage de Dorbon